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31 janvier 2006 2 31 /01 /janvier /2006 09:30
« La durée d’une vie sans toi »
Eric Faye
 
 
 
 
P39   « Le départ de l’autre lui laissait un goût troublant de bonheur différé. Il partirait, lui aussi. Le lendemain, quand il avait grimpé au sommet du mur, il n’était plus exactement le même en regardant le même horizon, le sud, par où des avions disparaissaient régulièrement. Il partirait. C’était un mot d’ordre lourd d’impatience, dans lequel pointait déjà de l’inquiétude. Dans la torpeur de juin, le merveilleux apparaissait à l’enfant. C’était une porte entrebâillée tout au fond de la tête, qu’il n’avait jamais osé ouvrir grande car il était écrit dessus sortie de secours.A neuf ans, Marin comprenait que le spectacle allait enfin commencer. Jusqu’à présent, il n’avait guère fait qu’entrer dans la salle et s’installer, tester les sièges, découvrir qui était là et surtout, fixer des yeux l’écran immense, avec sa promesse d’un long film en couleurs. Une aubaine, un tel spectacle, à une si bonne place…L’enfant juché sur le mur ignorait qu’il vivait un moment comme il n’en connaîtrait plus mais auquel il reviendrait sans cesse. Il ne comprenait pas les forces à l’œuvre en lui. Reste là et regarde en bas la Briance qui chantonne et le moulin qui moud et continuera de moudre les heures en une farine de secondes sur lesquelles, si tu ne le fais pas, personne ne viendra jamais verser de levain. Veilles-y ! Ne l’oublie jamais… »
 
 
P53 « Oh, que de petite mort ingurgitée à des doses infimes jour après jour pour se mithridatiser contre la grande, ne plus régir le jour du transfert à l’hospice… »
 
 
P109  Des parents montrent à leur fille l’emplacement qu’ils se sont réservé dans un cimetière.
 « Ils n’avaient plus goût à rien, d’ailleurs ils ne l’avaient jamais eu. Et ils avaient à peine cinquante ans ! Ils ne m’avaient jamais transmis le goût de rien et me montraient cet espace, la seule résidence secondaire qu’ils aient pu acquérir, tout juste s’ils n’ajoutaient pas qu’ils me feraient une place le cas échéant, en se poussant, et moi qui avais envie de tout et n’arrivais à rien, avec mon salaire, avec l’éducation qu’on reçoit par ici, enfant. Oh, j’aurais pu en rire, céder à l’ironie. « Nous viendrons pique-niquer ici, en attendant, c’est si calme à l’ombre des conifères qui gardent l’entrée… » Vous savez, ils ont su m’inculquer non seulement la grisaille, mais surtout l’acception de la grisaille, et je vous défie d’en sortir par vous-même, ensuite. »
 
 
P111  « On n’efface pas sa marque de fabrique. On la porte sur soi. Je m’en suis aperçu jour après jour, par mon inadaptation aux cercles dans lesquels j’aurai voulu m’intégrer. Mais la marque de fabrique est aussi tyrannique que l’ADN. Votre famille et votre milieu ne vous rejettent pas, c’est tout le contraire. Ils vous enserrent avec patience, à votre insu. Les limites qui vous sont fixées, les barbelés sur la ligne d’horizon, ils ont tout prévu et vous ne remarquez rien. »
 
P115  « Elle et moi, nous sommes de ces populations conservés dans un bain de modestie, pire, d’humilité. J’y trempe comme l’ont fait mes parents et leurs propres parents, voilà peut-être ce qui m’a valu très tôt de vivre à côté de la vie que j’étais censé mener. Mon erreur aura été de croire que je pouvais vivre autrement. Mais il existe cela immarcescible dans la nature humaine : le sentiment d’appartenance. Un sociologue a parlé de malédiction de classe. Rêvez-vous Prométhée et tentez de vous arracher au sol sur lequel on vous a langé, dorloté, cloué. Pendant des années, je vous l’ai dit, j’ai voulu forcer les portes de certains milieux. Mais à l’entrée de chacun se tenait un gardien auquel rien n’échappe. Il détermine votre origine à partir de l’éclat de vos yeux ou d’un bouton de chemise. Parce que vous n’êtes pas d’ici, il ne vous laisse pas entrer, ou alors, s’il a eu quelques secondes d’inattention et que vous vous êtes introduit à l’intérieur il vient vers vous rouge de colère et vous congédie. Est-ce à force de frapper à des portes qui restaient fermées ? Peu à peu, je suis devenu vide. »

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Ces mots là,

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Irvin D. Yalom 

"Mensonges sur le divan"

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