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je suis heureuse de vous accueillir pour partager avec vous toutes mes lectures, beaucoup de mes émotions et un peu de ma vie.

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9 janvier 2006 1 09 /01 /janvier /2006 17:21
Extraits de « Le lit à colonnes » de Louise de Vilmorin (Folio)
 
 
P220
 
« A mon âge, ça fait toujours un drôle d’effet de penser qu’on a été petit et qu’on a eu des parents. Il n’y a pas à dire, quand on perd son monde il ne vous reste pas grand-chose ici-bas. Moi, j’ai dans l’idée que c’est la mort de nos proches qui nous change. Ils emportent beaucoup de nous-même avec eux : des jeux, des paroles, des sentiments, toutes sortes de petites choses, de petits riens, que personne d’autre ne pourrait comprendre. Si je ne retrouve plus mes yeux d’autrefois dans ma figure d’à présent, c’est que je les ai perdus avec ceux qu’ils avaient l’habitude de regarder. Ils les ont emportés dans la tombe. »
 
 
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9 janvier 2006 1 09 /01 /janvier /2006 17:14
Extraits de « Le soleil des Scorta » de Laurent Gaudé (Actes Sud)
 
 
P130
 
« On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d’avidité goinfre. Tant qu’on peut. Comme si le pire était à venir. Comme si c’était la dernière fois qu’on mangeait. Il faut manger tant que la nourriture est là. C’est une sorte d’instinct panique. Et tant pis si on s’en rend malade. Il faut manger avec joie et exagération. »
 
 « Une gourmande comme moi, ne pouvait que relever ce passage ! » (Note de la blogueuse !)
 
 
 
p131
 
« Que chacun parle au moins une fois dans sa vie…Pour lui dire ce qu’il sait avant de disparaître. Parler une fois pour donner un conseil, transmettre ce que l’on sait. Parler. Pour ne pas être de simples bestiaux qui vivent et crèvent sous ce soleil silencieux. »
 
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8 janvier 2006 7 08 /01 /janvier /2006 16:55
EXTRAITS DE « LA HAINE DE LA FAMILLE » de CATHERINE CUSSET
 
 
 
 
 
P78
 
Entre elle et moi, il y a une communauté sacrée, celles des livres. Elle m’a offert mon premier livre pour mes six ans : Oui-Oui à l’école. Je le lis à voix haute. Ensuite je lis tous les Oui-Oui l’un après l’autre, puis tous les livres de la comtesse de Ségur, tous les livres de contes, japonais, russes, chinois, grecs, indiens, puis tous les Alice et les Club des Cinq. Je ne cesse pas de lire. Je lis, par collection, tous les livres de la maison et de la bibliothèque du quartier à laquelle elle est allée m’inscrire : la bibliothèque rose, la collection Rouge et Or, la bibliothèque verte, les Contes et légendes à la tranche blanche rayée fines lignes dorées. Je suis la chouchoute des bibliothécaires. Au lycée, je lis auteur après auteur tous les romanciers rangés sur les rayons. Je ne lis pas pour lui faire plaisir mais parce que lire me passionne. A peine ai-je commencé un livre choisi par elle qu’elle me pose aussitôt la question : « Alors ? Ca te plait ? »Il est rare qu’il ne plaise pas. Nous avons les mêmes goûts, la même sensibilité. Je connais l’effort qu’il faut pour faire pour entrer dans un livre : ce n’est pas donné dès les premières lignes, il faut parfois traverser d’ennuyeuses descriptions, franchir vingt, trente, cinquante pages pour qu’une histoire s’empare de vous ; ensuite elle ne vous lâche plus ; on est récompensé de son effort au centuple. Ainsi, les romans de Balzac : je les lis les uns après les autres, désolée d’en achever un puisque je connais l’effort qu’il faudra faire pour apprivoiser le prochain, pour lier connaissance avec un nouveau livre qui est encore un étranger, froid et distant, alors que le précèdent m’a laissée pantelante, exsangue, s’est tellement emparé de moi qu’il m’a vidée de tout autre désir que celui de le dévorer. Pearl Buck, Mauriac, Balzac, Gide, Sarthe, Dostoïevski, Flaubert, Aragon, Tolstoï, Proust, Heinrich Böll, Salinger, Fitzgerald et tant d’autres, des classiques et des moins connus, des français et des étrangers : je me régale. C’est plus qu’un plaisir : une délectation, une raison de vivre, l’unique. Il n’y a pas de plus grand bonheur que de retrouver chaque soir le livre qui vous attend, le plus présent, le plus prenant, le plus fidèle des amis. Rien ne compte à côté de ça. Elle le sait.
Si elle aime me voir lire, ce n’est pas seulement parce que ma passion pour la lecture et ma précocité indiquent que je suis une élève douée. C’est une passion bien au-delà des résultats scolaires. Il suffit d’un livre et d’entrer dedans. Ce qui se passe dans les livres est tellement plus beau, plus grand, plus juste et plus désintéressé que ce qui se passe dans la vie. Je lis, allongée sur mon lit, dès que je suis rentrée de l’école puis du lycée, tout en mangeant du chocolat volé au supermarché. Lire, manger du chocolat, mes deux passions se complètent et s’harmonisent, elles se remplissent de tous côtés, le corps, l’esprit. Je savoure les romans comme les chocolats dont j’essaie tour à tour toutes les marques, Nestlé au riz, Suchard praliné, Lindt truffé, Lindt au lait, Lindt aux fraises, Côte d’Or aux noisettes, Côte d’Or au lait, côte d’Or praliné en forme d’éléphant, Mars, Nuts. Ma gourmandise est un vice qui ne recueillerait certainement pas son approbation et que je dois lui cacher, mais je m’y sais autorisée par cette autre gourmandise qui m’a conquis à jamais en son cœur tous les privilèges. Je suis une élue. Elle rentre à la maison et me voit sur mon lit, ou sur le canapé du salon, absorbée dans un livre, prise par le style, passionnée par l’histoire, le regard absent, indifférente au reste du monde, ailleurs - dans un pays où les sentiments sont ciselés au marteau du sculpteur, le pays du mot juste, le pays de la forme. Je ne lui dis même pas bonsoir, je ne l’aide pas à mettre la table, je la laisse me servir, je demande à quitter la table avant le fromage. Elle est heureuse et soulagée comme si je faisais honneur à son œuvre. Elle comprend que je n’ai pas envie de sortir prendre l’air, pas envie de faire du sport, pas envie de rester assise tout au long du repas familial qui n’en finit pas, pas envie d’aller à la messe, pas envie de me laver, pas envie d’éteindre le soir.
Lorsqu’il est en voyage d’affaires, je me relève alors qu’Anne dort, et je vais lire à ses pieds tandis qu’elle travaille à son bureau. Quand il rentre de voyage, il m’envoie me coucher avec un coup de pied au cul. Je le déteste. Il me gronde en découvrant que pour lire j’ai rallumé en cachette. Elle me défend. Il l’accuse de saper son autorité. Je souris. Elle et moi sommes d’ailleurs, de ce pays-là où l’idée et l’assemblage des mots qui l’exprime vous emplissent d’un bonheur qui n’a rien à voir avec les petites convoitises et déceptions de la vie quotidienne. Les règles d’éducation pour enfants normaux et soumis ne s’appliquent pas à nous. Quand on connaît la joie de s’oublier dans un roman, on ne peut que plaindre les malheureux qui ignorent cette félicité, les pauvres qui se soucient de mesquines choses réelles, les exclus du royaume de la phrase, papa, Anne .
 
 
P83
 
Le pire, c’est l’identification narcissique aux personnages. Je suis coupable de cette terrible faute. Je ne comprend pas comment on acquiert le recul qui permet de les examiner à distance comme des « effets de réel » et de distinguer subtilement l’auteur du narrateur.
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8 janvier 2006 7 08 /01 /janvier /2006 11:24

Interview de Pierre Charras  (Site de la Fnac)


Pierre Charras signe avec Dix-neuf secondes un bouleversant roman sur le thème de la séparation amoureuse et du surgissement apocalyptique de la mort au coeur du quotidien. Rencontre avec le deuxième lauréat du prix du Roman Fnac 2003.

Que représente pour vous l'obtention du Prix Roman Fnac ?
J'y suis extrêmement sensible parce ce que si la Fnac est un magasin, c'est également un lieu de lecture. C'est un endroit où l'on voit des gens rester pendant des heures devant des livres ouverts, où l'on voit des enfants assis par terre dévorer des bandes dessinées. Ça me rappelle ma jeunesse, lorsque je n'avais pas de sous et que j'allais à la librairie. Il n'y avait pas de Fnac à l'époque, et j'avais un libraire complice. Nous venions à plusieurs, tous les jours, pendant une heure environ, et nous lisions les livres parce que nous ne pouvions pas les acheter. Certains exagéraient, ils faisaient des marques pour retrouver leurs pages le lendemain? Donc la Fnac c'est un peu ça, c'est le symbole de la lecture. Pour moi, c'est primordial.

Êtes-vous sensible au fait que ce prix soit décerné par un jury n'appartenant pas au monde de l'édition ?
C'est important parce que contrairement à certains jurys, celui-ci est exclusivement composé de lecteurs. Comme ils n'ont rien à gagner, cela donne à ce prix une tout autre saveur.

Quelle est la genèse de Dix-neuf secondes ? Êtes-vous particulièrement attaché à la thématique de l'attentat ?
Je ne suis pas attaché à la thématique de l'attentat, mais à celle du deuil. Mes livres sont sur le manque, sur l'absence, sur le deuil. Il est vrai que lorsque l'on écrit un livre, il s'agit souvent d'une terreur, d'une peur ou d'une angoisse que l'on a eue plusieurs années auparavant. Dix-neuf secondes correspond aux attentats du RER Saint-Michel. J'ai pensé à cette mort-là, non pas à la mienne, mais à la mort de l'autre. Ce qu'on n'a plus le temps de se dire. Mon livre présente des gens qui ont dix-neuf secondes à vivre et qui ne les vivent pas. Ils se souviennent d'avant, ils se projettent après, mais ils ne vivent pas le présent. C'est quelque chose qui me semble nouveau. Dans les temps anciens il y avait l'agonie, la maladie ou la vieillesse, on avait le temps. Là, il y a une telle violence que cela vous prend par surprise. Cela m'intéressait d'écrire là-dessus, sur ces gens qui ne vivent pas. Il se trouve que j'ai perdu beaucoup d'amis ces dernières années et ces amis, qui étaient malades, savaient vivre. Il leur restait six mois, un an, deux ans à l'époque, et ils les vivaient entièrement. Mes personnages, et c'est là la grande injustice en dehors de la violence, ne vivent pas leur vie jusqu'au bout. Mourir est une chose terrible, mais si la mort est prévue, il est au moins possible de s'organiser, de faire un tout avec sa vie. De la même manière que pour un écrivain, on peut faire un tout avec son ?uvre.

Est-ce la principale réflexion que vous souhaitez provoquer chez vos lecteurs ?
Oui, c'est ce que je souhaite partager avec eux. Je veux partager cette sorte d'inquiétude très nouvelle qui fait qu'il ne faut pas perdre de temps. Je pense fondamentalement qu'il n'y a plus d'avenir. Il en existe peut-être un, mais peut-être pas. Il faut commencer à voir la vie autrement.

Propos recueillis par Sandrine Fillipetti

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8 janvier 2006 7 08 /01 /janvier /2006 08:57
 
Catherine Cusset
«Qu'hérite-t-on de ses parents ?»
 
07/02/2001


 
Interview


Pour ce petit guide de survie en famille, Catherine Cusset passe au crible toutes les lâchetés, les douces folies, mais aussi tous les petits moments de gloire de ces héros du quotidien. Et, pour trouver la clé de l’énigme, cherchez la mère !

Fnac.net : Votre livre est dédié à vos parents et à votre fille. Sa naissance vous a-t-elle donné envie de tisser des liens dans la chaîne des générations en brossant ce tableau familial ?
Catherine Cusset : Ma dédicace tisse en effet ce lien. Mais j’ai écrit il y a plus de quatre ans la première version de mon livre, bien avant d’avoir un enfant. Le livre est né d’une interrogation : qu’hérite-t-on de ses parents ?

Même si vous consacrez le premier chapitre au père, La Haine de la famille n’est-elle pas avant tout une histoire de femmes ?
Bien sûr. Le personnage principal, c’est la mère. C’est elle qui a « la haine de la famille ». Mère paradoxale qui a fait quatre enfants et qui déteste la famille, qui a une vie archi-active et qui la juge nulle et ratée... Le livre est construit autour de cette mère et de ses rapports à son mari, à ses enfants et surtout à ses filles, à son travail et à sa propre mère.

Que se transmettent ces trois générations de femmes ?
Surtout une énergie, de la passion. Et pour la mère, Elvire, et sa fille Anne : un grain de folie !

Pensez-vous que les relations entre les filles et les mères soient inexorablement passionnelles?
Dans mon livre elles le sont, oui, mais peut-être pas inexorablement. Je pense que le moteur, c’est la culpabilité. Tant qu’on ne sort pas de la culpabilité, on reste dans un rapport à la fois fusionnel et passionnel à sa mère. C’est le cas, par exemple, d’Elvire et de sa mère. Tandis que les filles, dans La Haine de la famille, arrivent, chacune à leur manière, à briser ce cercle infernal.

La description des dernières années de la grand-mère et du terrible manque affectif dont elle a souffert alors est-elle aussi pour la narratrice une façon de la retenir encore un peu, de se déculpabiliser ?
Oui, ce dernier chapitre constitue une sorte de tombeau à la grand-mère. Par compassion plus que culpabilité. J’ai voulu terminer sur ces scènes terribles de l’hôpital, sur le désarroi de la vieillesse, de l’impotence et de l’incontinence. Parce que c’est pour moi l’image du désespoir affectif humain.

Vos personnages semblent avoir pour point commun de ne guère s’aimer eux-mêmes.
Je n’ai jamais trouvé très intéressants les gens qui s’aimaient beaucoup eux-mêmes.


Vous décrivez avec beaucoup de réalisme le désamour des hommes pour le corps des femmes. La disparition du désir de Patrick pour Anne suffit-elle à expliquer l'histoire un peu mélodramatique de la fille aînée de la famille ?
La disparition du désir de Patrick explique qu'Anne l'ait trompé pendant leur mariage. D'un autre côté, on comprend que l'infidélité d'Anne rende Patrick fou de jalousie. Il n'y a pas une seule explication. J'ai multiplié les points de vue et chacun propose son interprétation. Si quelque chose « explique » l'histoire d'Anne, c'est plutôt son rapport à sa mère, fait de confrontation et de rejet mêlés. Et, dans son histoire propre, la mort de son bébé quand elle avait vingt-deux ans.

Vous jouez avec art de l'ambiguïté entre écriture romanesque et autobiographique. Peut-on réellement parler de « roman » ?
Un « roman » désigne pour moi un ensemble narratif cohérent dont l'intérêt est intrinsèque et pas lié à l'identité des personnes dont on raconte l'histoire. « Roman », donc, parce que ce livre certes autofictif, inspiré de ma famille, est avant tout un livre sur « la » famille, sur les conflits familiaux et la chaîne des générations.

Comment vos proches ont-ils réagi en lisant La Haine de la famille ?
Avec humour et générosité. Ils l'ont lu bien avant publication. Je n'aurais pas publié le livre si mes parents s'y étaient opposés.

Propos recueillis par Nelly Bétaille
 
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7 janvier 2006 6 07 /01 /janvier /2006 20:19
Chantal JAQUET
 
Ancienne Elève de l'Ecole Normale Supérieure, Agrégée de philosophie et Docteur en philosophie, Chantal Jaquet est actuellement, Maître de conférences habilité à diriger des recherches à l'Université de Paris I, Panthéon-Sorbonne, où elle enseigne l’histoire de la philosophie moderne et la philosophie morale.
 
BIBLIOGRAPHIE
1) Le Désir, Paris, Editions Quintette, 1991, réédité en septembre 2003.
2) Sub specie aeternitatis, étude des concepts de temps durée et éternité chez Spinoza, Paris, Kimé, 1997, préface d'Alexandre Matheron. (
3) Spinoza ou la Prudence, Paris, Editions Quintette, 1997, réédition en 2004.
4) Le Corps, Paris, PUF, Philosopher, 2001.
5) L’unité du corps et de l’esprit. Affects, actions passions chez Spinoza, PUF, 2004
6) Expressions de la puissance d’agir chez Spinoza, ( à paraître en 2005)
Directions :
7) Les trois erreurs de Bacon et de Descartes selon Spinoza, n° 6 de la Revue de l’Enseignement philosophique, Juillet-Août 1997. Actes du colloque du 22 mars 1997 organisé sous la direction de C. Jaquet
8) L'Héritage baconien au XVIIe et au XVIIIe siècles, en collaboration avec E. de Fontenay, M. Groult, M. Malherbe, J.-M. Pousseur, Paris, Kimé, 2000.
9) Fortitude et servitude, Lectures de l’Ethique IV de Spinoza, en collaboration avec Pascal Sévérac et Ariel Suhamy, Kimé, 2003.
10) Les Pensées métaphysiques de Spinoza sous la direction de Chantal Jaquet, Publications de la Sorbonne, 2004.
11) Les significations du « corps » dans la philosophie classique, sous la direction de Chantal Jaquet et Tamas Pavlovits, L’Harmattan, 2004.
12) Spinoza, Philosophe de l’amour, sous la direction de Chantal Jaquet, Ariel Suhamy, Pascal Sévérac (à paraître Editions Presses de Saint-Etienne, 2005)
13) Les Facultés de l’âme à l’âge classique sous la direction de Chantal Jaquet et Tamas Pavlovits, à paraître en 2006, aux Publications de la Sorbonne.
Traduction
14) Collaboration à la traduction de la Nouvelle Atlantide de Bacon, publiés en 1983 chez Payot sous la direction de Michèle Le Doeuff et Margaret Llaséra.
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 10:56
« L’EMPREINTE DE L’ANGE » de NANCY HUSTON  (Actes sud)
 
 
 
Extrait p193
 
Dans chaque histoire d’amour fou il y a un tournant ; cela peut venir plus ou moins vite mais en général cela vient assez vite ; la plupart des couples ratent le tournant, dérapent, font un tonneau et vont s’écrabouiller contre le mur, les quatre roues en l’air.
La raison en est simple : contrairement à ce qu’on avait cru pendant les premiers jours, tout au plus les premiers mois de l’enchantement, l’autre ne vous a pas métamorphosé. Le mur contre lequel on s’écrase après le tournant, c’est le mur de soi. Soi-même : aussi méchant, mesquin et médiocre qu’auparavant. La guérison magique n’a pas eu lieu. Les plaies sont toujours là, les cauchemars recommencent. Et l’on en veut à l’autre de ce qu’on n’ait pas été refait à neuf ; de ce que l’amour n’ait pas résolu tous les problèmes de l’existence ; de ce que l’on ne se trouve pas, en fin de compte, au Paradis, mais bel et bien, comme d’habitude sur Terre.
Entre Saffie et Andréa le tournant n’est marqué par aucun incident particulier. Il se produit de façon insensible : au cours de l’hiver 1958-1959, chacun sent se réveiller et remuer dans la grotte de son âme, tel un ours au printemps, son vieux démon. Son vieux dragon, qu’il avait cru terrassé par la lame pure et brillante de l’amour de l’autre.
Eh ! non. Elle vit encore, l’affreuse bête.
 
 
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 10:52
 « JOURS DE COLERE » de SYLVIE GERMAIN      ( Folio)
 
 
Extrait p 269
 
« Sa peine était si grande qu’il ne trouvait ni larmes ni plaintes à sa mesure. Sa peine s’ouvrait en lui comme un espace illimité, un désert intérieur au cœur duquel il s’était d’emblée perdu. Un désert si vaste et nu qu’il dépassait les limites de son corps, de sa raison, de ses pensées. Et il avait, Ephraïm le veuf, en marchant avec ses fils, du même pas, sous le poids du lit de hêtre où reposait son épouse, le calme et très vide regard de ceux qui errent sans recours dans l’immensité d’un désert. Le regard de ceux qui savent qu’ils n’en reviendront pas, qu’ils sont perdus à jamais, dans la solitude, la faim, et qui cependant continuent à marcher la tête haute. Le transparent regard des idiots. Il avait, Ephraïm le veuf, le regard absent des idiots ; non pas soumis, mais résigné. »
 
 
 
 
Extrait p 274
 
« Elle savait qu’un rien suffisait pour blesser, pour détruire, faire souffrir ou damner. L’épine d’une ronce, la morsure d’une vipère, une colchique ou une gousse de cytise, un bris de verre pouvait suffire à faire pourrir et se tarir le sang d’un homme, à le priver de la vie. Un mot cruel, un regard méchant, un sourire de mépris, une trahison, un mensonge, pouvaient suffire à rancir le cœur d’un homme, à noircir ses pensées, à lui saccager l’âme. Elle savait cela comme un animal sait d’instinct, quel est son lieu, (son gîte, son nid, sa tanière, quel est son mouvement,) courir, nager, grimper, voler, quelle est sa nourriture, et quel est son ennemi. Elle avait l’instinct de la vulnérabilité humaine, corps et âme. Et à la mesure de cet instinct elle était douée du sens de la tendresse. Elle avait nourri ses fils de cette tendresse, elle avait veillé à la droiture, à la clarté de leurs cœurs. »
 
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4 janvier 2006 3 04 /01 /janvier /2006 10:39
« VIES CRUELLES » de LORRIE MOORE   (Rivages poche)
 
 
 
 
Extrait p 23
 
« Voilà ce qui se passait en amour. L’un d’entre vous pleurait beaucoup, et vous finissiez par devenir sarcastiques tous les deux. »
 
 
Extrait p125
 
« Mais je pense moi, que l’amour devrait être comme un arbre. Si vous regardez les arbres, ils ont des bosses et des cicatrices à cause de tumeurs, de maladies, et que sais-je encore, mais ils continuent de pousser. Malgré les bosses et les bleus, ils sont…droits. »
 
Extrait p181
 
« Parce que quand elle dormait contre lui comme ça, tout le reste du monde s’écroulait dans une valise sous le lit. »
 
 
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1 janvier 2006 7 01 /01 /janvier /2006 19:01

2006: 80 livres lus

 

MES PREFERES DE CETTE ANNEE (par ordre chronologique)

  • "Le rendez-vous" de Justine Lévy
  • "La nuit est le manteau des pauvres" de Claude Roy
  • "L'arrière-saison" de Philippe Besson
  • "La dernière leçon" de Noëlle Chatelet
  • "Poids léger" d' Olivier Adam
  • "Dix-neuf secondes" de Pierre Charras
  • "La peur" de Laura Grimaldi
  • "Falaises" d'Olivier Adam
  • "Amours transversales" de Catherine Cusset
  • "Caresse de rouge" d'Eric Fottorino
  • "Son frère" de Philippe Besson
  • "La tête en bas" de Noëlle Chatelet
  • "La mémoire des murs" de Tatiana de rosnay
  • "L'enfant des illusions" de Kathy Hepinstall
  • "Rien de grave" de Justine Levy
  • "Le passage des éphémères" de Jacqueline Harpman
  • "Vous descendez?" de Nick Hornby
  • "Bord de mer" de Véronique Olmi
  • "La constante de Hubble" de Stéphanie Janicot
  • "Journal d'Hirondelle" d'Amélie Nothomb
  • "En l'absence des hommes" de Philippe Besson
  • "Eldorado" de Laurent Gaudé
  • "Accés direct à la plage" de Jean-Philippe Blondel
  • "L'enfant d'octobre" de Philippe Besson
  • "Lila, Lila" de Martin Suter
  • "Les cerfs-volants de Kaboul" de Khaled Hosseini

Petit bilan

26 très bonnes lectures sur 80

Une très belle rencontre avec Jean-Philippe Blondel

Un roman inoubliable :"Eldorado"

Une confirmation: j'aime les histoires tristes et Philippe Besson!

 

 

 

 

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Articles Récents

Ces mots là,

je les ai savourés un peu plus que tous les autres.

Avec de nombreux patients, Ernest faisait intervenir le concept de regret dans la thérapie. Il leur demandait d'analyser les regrets que suscitait leur comportement passé, et les exhortait à ne pas entretenir de nouveaux regrets dans l'avenir. "Le but, disait-il, est de vivre de telle sorte que dans cinq ans vous ne vous retourniez pas en regrettant amérement les cinq dernières années qui se seront écoulées."

 

Irvin D. Yalom 

"Mensonges sur le divan"

J'adhére

Je revendique le droit de lire ou de ne pas lire un livre,
Le droit d'être sincère, ou gentiment hypocrite,
Le droit de ne pas aimer un livre, de le dire,
Le droit d'aimer un livre, et de ne pas le dire,
Le droit d'accepter de recevoir des SP, ou pas,
Le droit de faire traîner mes lectures,
Le droit d'avoir un travail à côté, des enfants, une maison à tenir,
Le droit de me faire plaisir et de ne pas me prendre pour une critique littéraire,
Le droit d'être infidèle, de moins aimer ce que j'ai porté aux nues plus tôt,
Le droit de poster des commentaires où bon me semble, partout où le droit de s'exprimer existe,
Le droit de croire que tout vaut mieux que le silence, d'ouvrir la porte aux avis contraires,
Le droit de ne pas faire le jeu du commerce, mais des mots, de la lecture, et de la littérature.
Le droit d'être une lectrice.

Manifeste d'Antigone